Les champignons de Canaille

Promenons-nous dans les bois et rencontrons les champignons ainsi que tous les êtres qui y vivent

01 septembre 2007

Un champignon toxique dans mon panier, je fais quoi ?

Réjane m'a posé une question très intéressante au travers d'un commentaire.

Voici donc la question à laquelle je vais tenter de répondre : "Lorsqu'il y a un champignon toxique dans un panier de champignons comestible, faut-il jeter toute la cueillette ?"

Tous les livres diront qu'il faut jeter tout le contenu du panier s'il contient un champignon toxique.

Je ne détiens malheureusement pas LA réponse universelle et infaillible à cette question, mais je peux apporter quelques points de réflexion.

Certains livres disent qu'un champignon toxique parmi des comestibles peut leur communiquer ses toxines.  Là, je suis d'accord.  Le champignon toxique va libérer des spores dans le panier et allègrement les déposer sur les autres champignons.  Ainsi, ils seront contaminés.

Quant à dire que les spores d'un champignon toxique vont rendre toute la cueillette toxique, j'ai un léger doute.  Cela pourrait peut-être être le cas si dans le panier se trouve une amanite phalloïde (10 grammes suffisent pour tuer un homme en bonne santé), mais pour des champignons seulement indigestes (ils sont aussi considérés comme toxiques), vous ne risquez pas grand-chose.

Le tout est de savoir en fin de compte quel champignon toxique se trouve dans le panier.  Si vous avez mis un bolet satan (toxique) avec vos cèpes de Bordeaux, il n'y a rien à craindre, mais je resterais tout de même prudente avec les champignons réputés fortement toxiques et mortels.  Je ne prendrais aucun risque.

Un autre danger est je pense le risque que le champignon toxique arrive malencontreusement dans l'assiette en raison d'une erreur d'identification, distraction lors du tri....  Ca c'est à mon avis un réel danger.

Le tri des champignons doit se faire de manière très sérieuse et ça prend du temps.  Personnellement, je fais une première analyse dans le bois, avant même que les champignons n'arrivent dans mon panier.  Les "suspects" sont écartés et si j'ai envie de les ramener chez moi pour les identifier, je les mets à part de ceux que j'ai l'intention de manger.

A la fin de ma promenade, je regarde encore le contenu de mon panier et je jette les exemplaires qui ne m'inspirent pas confiance.  Et de retour à la maison, tous les champignons sont déposés sur la table.  Je les observe un à un (même si j'ai 4 kilos de chanterelles, là je vous assure ça prend un temps dingue).  Le moindre sujet douteux est immédiatement jeté.

Parfois les enfants veulent m'aider à trier.  Je ne leur interdis pas, mais je prends des précautions particulières dans ce cas.  Ils mettent d'un côté les champignons qu'ils pensent être bons et de l'autre ceux qui leur semblent douteux.  Je vérifie moi-même leurs identifications.  Au besoin, je leur explique leurs erreurs.

Evidemment, j'ai appris à reconnaître les plus grands toxiques et de ce fait, je ne cours pas le risque de les avoir dans mon panier et encore moins dans mon assiette.  Mais il est certain que le débutant pourrait avoir la désagréable surprise d'avoir une amanite phalloïde dans son panier.  Oui, c'est comme ça que se passent en général les intoxications mortelles que la presse nous relate plusieurs fois par an.  C'est le scénario classique.  La confusion avec un rosé des prés est vite faite, surtout si on est inexpérimenté.

Mais si une amanite phalloïde devait se glisser dans mon panier, je jeterais tout le contenu sans remords.  Peut-être est-ce un excès de prudence ?  Non au regard de la valeur que j'attribue à ma vie et à celle de mon entourage.  Je préfère sacrifier un panier de cèpes si ça nous maintient en vie.

En conclusion, je dirais qu'il faut éviter que les champignons fortement toxiques et mortels arrivent dans les paniers.  Et pour cela, il n'y a qu'une seule méthode efficace : apprenez à reconnaître les champignons toxiques et mortels avant de vous pencher sur la question des champignons comestibles.

Posté par Canaille_Be à 17:44 - Attention, Danger ! - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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01 juillet 2007

C'est très important de prendre le temps d'observer

Je n'avais pas prévu d'aller aux champignons aujourd'hui, lorsqu'une belle amanite s'est trouvée sur mon passage.

Nous n'avions guère le temps et d'autres obligations et nous fîmes donc vite pour prendre la photo de rigueur : on a dégagé les feuilles qui cachaient la base du pied afin de voir s'il y a une volve et nous prîmes ce beau spécimen en photo à la sauvette.

Et voilà la photo que je découvre sur mon PC.

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En examinant cette photo de près, je suis prise d'un affreux doute.  Quelle est donc cette amanite ?

Je ne vous ai pas encore tout dit des amanites (c'est pour bientôt), mais il faut savoir qu'elles ont toutes une volve, ou du moins des restes de volves (parfois extrêmement difficile à voir).  On sait aussi que certaines ont un anneau et d'autres n'en ont pas.

Et me voilà à regarder ma photo.  Sur le pied, à mi-hauteur, on voit comme un reste d'anneau.  Non, ce n'est pas une feuille morte qui se trouve collée derrière le pied.  Mais est-ce bien un reste d'anneau ?

Ca pourrait être un reste de volve qui s'est accroché là lors de la croissance du champignon, mais je n'en suis pas sûre.

La couleur du chapeau m'interpelle également.  Ca pourrait être une jeune amanite phalloïde.  Oui, mais...

Mon regard se pose à présent sur la base du pied et je regarde cette volve en sac.  Sauf que je trouve ce "sac" pas très représentatif, un peu friable même.

Et l'amanite phalloïde est censée avoir une volve en sac membraneuse, ce qui me semble contradictoire avec ma photo.

Je me réfère à ma littérature sur les amanites et je résume :

  • Amanite phalloïde (Amanita phalloides) : Volve en sac, membraneuse, présence d'un anneau, couleur du chapeau correspondant
  • Amanite étranglée (Amanita ceciliae) : Volve en sac, friable, pas d'anneau, couleur du chapeau pouvant correspondre

Manifestement, j'ai négligé des détails importants : la présence ou non d'un anneau et la nature de la volve.  Et il est même possible que mon amanite ne soit aucune de ces deux espèces, après tout.  Peut-être que si j'avais mieux regardé le champignon, mon raisonnement aurait été tout autre car des détails évidents m'auraient sauté aux yeux.

La morale de cette aventure : c'est qu'il est impératif d'observer le moindre détail et qu'on ne peut pas se fier à des suppositions faites à partir d'une photo ou d'une observation trop rapide.

Posté par Canaille_Be à 22:40 - Attention, Danger ! - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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10 octobre 2006

Ca peut servir

Je ne dirai sans doute jamais assez que si l'on est pas ABSOLUMENT certain de l'identification d'un champignon, il vaut mieux le jeter plutôt que se risquer à le manger.  Petite confidence, quand j'ai débuté avec les champignons, j'ai jeté des tas de bons comestibles uniquement car je n'étais pas sûre de moi.

Et je le fais encore.  Quand un des enfants me ramène un champignon qui n'est pas dans son intégralité et qu'il me manque LE détail que j'ai besoin, je jette sans (trop de) remords.  Notre vie n'a pas de prix et je ne troquerais pas la mienne contre une omelette aux champignons mortels.

Mais on a beau le dire, il y a toujours des imprudents ou de graves méprises et des accidents trop nombreux arrivent tout de même.

Il faut savoir qu'en cas d'intoxication, plus les premiers symptômes se déclarent tard, plus l'intoxication est grave.  On considère souvent qu'un symptôme qui se déclare plus de 6 heures après le repas est à considérer comme une intoxication très sérieuse et nécessite donc une aide médical urgente et souvent une hospitalisation.

Il existe également des intoxications qui se manifestent très tard après l'ingestion (plusieurs jours).  Il est parfois bien difficile de faire le lien entre le sérieux malaise dont on souffre et le repas de champignons qu'on a mangé une semaine plus tôt (voire plus longtemps encore).  Il est certain qu'on ne pense pas toujours que ce repas soit responsable de vos soucis de santé.  Et pourtant...  Pendant tout ce temps, les toxines ont silencieusement perturbé votre métabolisme sans que vous vous en rendiez compte.  Et lorsque les premiers symptômes se manifestent très tardivement, vous êtes déjà bien âbimé et l'aide médicale est plus qu'urgente.  Je ne peux donc que vous recommander de trouver un moyen infaillible de vous souvenir de quand vous avez mangé des champignons sauvages.  Notez-le dans votre agenda, faites une croix sur calendrier... tout ce que vous voulez, mais souvenez-vous en.  En cas de problème, le moment où vous avez consommé des champignons peut aider les médecins qui vous soignera car la durée entre l'ingestion et la manifestation des premiers symptômes, leur donnera une indication du type d'intoxication et aussi du type de traitement à administrer.

Que faire si vous pensez (malgré la prudence dont vous ferez preuve) être victime d'une intoxication ?

Pas 36 solutions, le mieux est d'appeler le centre anti-poison.  C'est sûr qu'on a pas nécessairement ce numéro précieux dans la mémoire de notre portable et que c'est quand on en a vraiment besoin qu'on ne parvient pas à mettre la main dessus.  En voici donc quelques-uns (envoyez-moi un message si un numéro devait ne pas être correct, je procèderai immédiatement à la correction) :

  • Angers : 02 41 48 21 21
  • Bordeaux : 05 56 96 40 80
  • Grenoble : 04 76 76 56 46
  • Lille : 08 25 81 28 22
  • Lyon : 04 72 11 69 11
  • Marseille : 04 91 75 25 25
  • Nancy : 03 83 32 36 36
  • Paris : 01 40 5 48 48
  • Reims : 03 26 78 48 21
  • Rennes : 02 99 59 22 22
  • Rouen : 02 35 88 44 00
  • Strasbourg : 03 88 37 37 37
  • Toulouse : 05 61 77 74 47
  • Bruxelles : 070 245 245
  • Zurich : 01 251 66 66

Et si vous avez des restes de votre repas ou des épluchures de champignons à fournir pour analyse, cela permettra de gagner beaucoup de temps bien précieux en pareils moments.  Même les vomissures de champignons sont de précieux indices qui peuvent vous sauver la vie si vous les confiez aux médecins.

L'idéal, garder un exemplaire intact et le fournir aux médecins pour analyse en cas d'intoxication.

Heu, je vous donne ces numéros afin de vous faire un petit rappel des bons rélexes à avoir, pas pour vous inciter à jouer les kamikazes, hein.  On ne rigole pas avec les champignons.  Je vous parlerai plus longuement des intoxications aux champignons mortels plus tard, mais sachez déjà que c'est une véritable torture et que l'on ne souhaite pas ça à son pire ennemi.

Posté par Canaille_Be à 20:56 - Attention, Danger ! - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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12 septembre 2006

Ennemi public N° 1

Le vaste monde des champignons fait peur à plus d'un.  Et pour cause, on y rencontre de retoutables serial killers.  Les plus ignorants en matière de champignons ont tous déjà entendu parler de l'amanite phalloïde (Amanita phalloides).

Ce champignon fait trembler le monde depuis la nuit des temps et a fait couler beaucoup d'encre.  Des empoisonnements "historiquement célèbres" ont été fait à l'amanite phalloïde.

Des récits à ce sujets, j'en ai relevé un bon nombre au fil de mes lectures.  Notamment l'assureur Français Girard qui empoisonnait ses victimes aux amanites phalloïdes, dans les années 50, après leur avoir fait souscrire un contrat d'assurance sur la vie dont il était le bénéficiaire en cas de décès.  Vraiment sordide et machiavélique cette histoire.  Je vous conterai peut-être l'une ou l'autre histoire au coin du feu en hiver, quand les champignons se feront rares dans les bois.

Revenons donc concrètement à nos amanites phalloïdes.  Elles ont deux copines tout aussi redoutables : l'amanite vireuse (Amanita virosa) et l'amanite printanière (Amanita verna), que je vous présenterai dès que je les aurai rencontrées.  Pour citer ce trio mortel, les livres traitant des champignons utilisent couramment le terme poétique suivant : "l'amanite phalloïde et ses deux satellites".

Voici donc mon premier face à face avec l'amanite phalloïde.  Elle est belle, cruelle et redoutable.  Elle me nargue de toute sa splendeur, mais je l'ai bien mémorisée avant la rencontre afin de pouvoir la reconnaître.

Je l'ai démasquée, la traitresse.  Elle ne m'aura pas, ni ma famille d'ailleurs.  10 g suffisent à terrasser un homme en bonne santé dans une affreuse et longue agonie.

On peut facilement la reconnaître à son chapeau verdâtre (il en existe également une forme avec le chapeau tout blanc).

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Sur la photo, on distingue aussi très bien sa volve (la membrane en forme de sac qui enveloppe la base du pied).  Ce premier détail doit déjà nous inspirer la méfiance.  Sur la photo suivante, on voit un peu mieux la volve.

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Mais qu'est-ce donc que la volve ?  Il faut revenir à la plus tendre enfance du champignon (si pas son état embryonnaire) pour comprendre.  Avant que le pied et le chapeau se développent, le champignon était enfermé dans une espèce d'oeuf qui a été brisé par la croissance.  Les débris à la base du pied restent souvent parfaitement visibles dans le cas de l'amanite phalloïde.  Au cours de sa croissance, il arrive que le champignon entraîne des débris de volve sur le chapeau qui finissent par tomber (ou non pour certaines autres espèces).

Voyez sur cette photo (une peu lumineuse, je le conçois, mais on y voit ce que je souhaite vous montrer), la longue membrane prête à tomber.

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Si vous êtes observateur, vous y distinguerez également l'anneau autour du pied, juste sous le chapeau.

Oui, je sais, on ne vois pas très bien.  Je déterre donc l'amanite phalloïde et je refais une photo pour bien vous montrer.

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Voilà, c'est mieux comme ça ?  L'anneau est donc une "jupette" autour du pied.  On peut voir ici que l'anneau est encore partiellement relié au bord du chapeau.  C'est encore dans la logique de la croissance du champignon.  Lorsque le champignon est très jeune, les lames sont protégées par cette membrane qui relie le pied au bord du chapeau.  Et bien sûr, lorsque notre amanite grandit et que son chapeau s'étale, la membrane cède au niveau du bord du chapeau pour ne laisser que l'anneau autour du pied.

Sur la photo, on peut aussi voir que les lames sont bien blanches.  La couleur des lames est également un détail très important à observer.

La famille des amanites comporte quelques espèces comestibles, des espèces fortement toxiques, mais également des espèces mortelles.  La prudence est donc de rigueur afin d'éviter une omelette assasine.

En résumé, si vous rencontrez un champignon avec une volve (le sac à la base du pied), un anneau (la jupette autour du pied) et des lames blanches, il y a fort à parier qu'il s'agisse d'une amanite : PAS TOUCHE, c'est une question de vie ou de mort !

Posté par Canaille_Be à 21:45 - Attention, Danger ! - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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