01 juillet 2007
C'est très important de prendre le temps d'observer
Je n'avais pas prévu d'aller aux champignons aujourd'hui, lorsqu'une belle amanite s'est trouvée sur mon passage.
Nous n'avions guère le temps et d'autres obligations et nous fîmes donc vite pour prendre la photo de rigueur : on a dégagé les feuilles qui cachaient la base du pied afin de voir s'il y a une volve et nous prîmes ce beau spécimen en photo à la sauvette.
Et voilà la photo que je découvre sur mon PC.
En examinant cette photo de près, je suis prise d'un affreux doute. Quelle est donc cette amanite ?
Je ne vous ai pas encore tout dit des amanites (c'est pour bientôt), mais il faut savoir qu'elles ont toutes une volve, ou du moins des restes de volves (parfois extrêmement difficile à voir). On sait aussi que certaines ont un anneau et d'autres n'en ont pas.
Et me voilà à regarder ma photo. Sur le pied, à mi-hauteur, on voit comme un reste d'anneau. Non, ce n'est pas une feuille morte qui se trouve collée derrière le pied. Mais est-ce bien un reste d'anneau ?
Ca pourrait être un reste de volve qui s'est accroché là lors de la croissance du champignon, mais je n'en suis pas sûre.
La couleur du chapeau m'interpelle également. Ca pourrait être une jeune amanite phalloïde. Oui, mais...
Mon regard se pose à présent sur la base du pied et je regarde cette volve en sac. Sauf que je trouve ce "sac" pas très représentatif, un peu friable même.
Et l'amanite phalloïde est censée avoir une volve en sac membraneuse, ce qui me semble contradictoire avec ma photo.
Je me réfère à ma littérature sur les amanites et je résume :
- Amanite phalloïde (Amanita phalloides) : Volve en sac, membraneuse, présence d'un anneau, couleur du chapeau correspondant
- Amanite étranglée (Amanita ceciliae) : Volve en sac, friable, pas d'anneau, couleur du chapeau pouvant correspondre
Manifestement, j'ai négligé des détails importants : la présence ou non d'un anneau et la nature de la volve. Et il est même possible que mon amanite ne soit aucune de ces deux espèces, après tout. Peut-être que si j'avais mieux regardé le champignon, mon raisonnement aurait été tout autre car des détails évidents m'auraient sauté aux yeux.
La morale de cette aventure : c'est qu'il est impératif d'observer le moindre détail et qu'on ne peut pas se fier à des suppositions faites à partir d'une photo ou d'une observation trop rapide.
12 septembre 2006
Ennemi public N° 1
Le vaste monde des champignons fait peur à plus d'un. Et pour cause, on y rencontre de retoutables serial killers. Les plus ignorants en matière de champignons ont tous déjà entendu parler de l'amanite phalloïde (Amanita phalloides).
Ce champignon fait trembler le monde depuis la nuit des temps et a fait couler beaucoup d'encre. Des empoisonnements "historiquement célèbres" ont été fait à l'amanite phalloïde.
Des récits à ce sujets, j'en ai relevé un bon nombre au fil de mes lectures. Notamment l'assureur Français Girard qui empoisonnait ses victimes aux amanites phalloïdes, dans les années 50, après leur avoir fait souscrire un contrat d'assurance sur la vie dont il était le bénéficiaire en cas de décès. Vraiment sordide et machiavélique cette histoire. Je vous conterai peut-être l'une ou l'autre histoire au coin du feu en hiver, quand les champignons se feront rares dans les bois.
Revenons donc concrètement à nos amanites phalloïdes. Elles ont deux copines tout aussi redoutables : l'amanite vireuse (Amanita virosa) et l'amanite printanière (Amanita verna), que je vous présenterai dès que je les aurai rencontrées. Pour citer ce trio mortel, les livres traitant des champignons utilisent couramment le terme poétique suivant : "l'amanite phalloïde et ses deux satellites".
Voici donc mon premier face à face avec l'amanite phalloïde. Elle est belle, cruelle et redoutable. Elle me nargue de toute sa splendeur, mais je l'ai bien mémorisée avant la rencontre afin de pouvoir la reconnaître.
Je l'ai démasquée, la traitresse. Elle ne m'aura pas, ni ma famille d'ailleurs. 10 g suffisent à terrasser un homme en bonne santé dans une affreuse et longue agonie.
On peut facilement la reconnaître à son chapeau verdâtre (il en existe également une forme avec le chapeau tout blanc).
Sur la photo, on distingue aussi très bien sa volve (la membrane en forme de sac qui enveloppe la base du pied). Ce premier détail doit déjà nous inspirer la méfiance. Sur la photo suivante, on voit un peu mieux la volve.
Mais qu'est-ce donc que la volve ? Il faut revenir à la plus tendre enfance du champignon (si pas son état embryonnaire) pour comprendre. Avant que le pied et le chapeau se développent, le champignon était enfermé dans une espèce d'oeuf qui a été brisé par la croissance. Les débris à la base du pied restent souvent parfaitement visibles dans le cas de l'amanite phalloïde. Au cours de sa croissance, il arrive que le champignon entraîne des débris de volve sur le chapeau qui finissent par tomber (ou non pour certaines autres espèces).
Voyez sur cette photo (une peu lumineuse, je le conçois, mais on y voit ce que je souhaite vous montrer), la longue membrane prête à tomber.
Si vous êtes observateur, vous y distinguerez également l'anneau autour du pied, juste sous le chapeau.
Oui, je sais, on ne vois pas très bien. Je déterre donc l'amanite phalloïde et je refais une photo pour bien vous montrer.
Voilà, c'est mieux comme ça ? L'anneau est donc une "jupette" autour du pied. On peut voir ici que l'anneau est encore partiellement relié au bord du chapeau. C'est encore dans la logique de la croissance du champignon. Lorsque le champignon est très jeune, les lames sont protégées par cette membrane qui relie le pied au bord du chapeau. Et bien sûr, lorsque notre amanite grandit et que son chapeau s'étale, la membrane cède au niveau du bord du chapeau pour ne laisser que l'anneau autour du pied.
Sur la photo, on peut aussi voir que les lames sont bien blanches. La couleur des lames est également un détail très important à observer.
La famille des amanites comporte quelques espèces comestibles, des espèces fortement toxiques, mais également des espèces mortelles. La prudence est donc de rigueur afin d'éviter une omelette assasine.
En résumé, si vous rencontrez un champignon avec une volve (le sac à la base du pied), un anneau (la jupette autour du pied) et des lames blanches, il y a fort à parier qu'il s'agisse d'une amanite : PAS TOUCHE, c'est une question de vie ou de mort !




