26 septembre 2008
L'art de cueillir les champignons
Vlan ! Je vous attaque d'emblée avec une photo, sans la moindre explication. Vous vous demandez où je veus en venir, n'est-ce pas ? Et en comparant le titre de mon billet et ma photo, j'imagine déjà vos visages scotchés sur l'écran, en forme de point d'interrogation.
J'avoue : je n'ai pas la photo adéquate, seule celle-ci est un peu représentative du thème que je souhaite aborder, mais on va d'abord se placer dans le bon contexte (si-si, vous allez y arriver).
Ici, ce n'est qu'un petit troupeau d'amanite tue-mouches qui ont perdu leurs squames (les points blancs qu'on voit habituellement) à cause de la pluie. Là, c'est une photo d'une petite quantité du troupeau; en réalité il y en avait partout alentour. (vous arrivez à "zoomer" pour voir tous ceux qui entourent cet extrait ?
Très bien ! Maintenant, on disait que ce ne sont pas des amanites tue-mouches (toxiques, je le rappelle au cas ou..., enfin, bref, je ne vous les recommade pas), mais supposons un instant que ce merveilleux tableau soit des cèpes ou des girolles ou votre champignon préféré. Waouw, génial de tomber sur la gigantesque station de délicieux champignons !
Moi, je vous vois déjà dégainant votre couteau et raflant tout ce qui pousse. Et moi je vous crie "STOP" ! On ne cueille pas les champignons n'importe comment.
Si vous cueillez tous les champignons qui poussent, comment les champignons qui doivent théoriquement pousser l'année prochaine viendront-ils ? Hé oui, fallait y penser ! Les champignons sont des êtres vivants et donc ils se reproduisent. Si on les cueille tous, on court le risque qu'ils n'aient pas eu le temps de répandre leur semence pour assurer leur progéniture de l'année suivante.
En ce qui me concerne, je tempère donc mon enthousiasme avant de procéder à une cueillette importante. Ma règle est donc la suivane : les vieux canassons, je les laisse sur place afin qu'ils puissent terminer de vieux jours paisibles. Que ferais-d'ailleurs de ces vieux exemplaire. Leur look un peu dépassé ne me met pas trop en appétit. Quand bien même ils seraient physiquement bien conservés, il y a de fortes chances qu'ils finissent à la poubelle car ils sont truffés de vers. Ensuite, les tous petits exemplaires (les "bébés"), j'estime qu'ils ont encore besoin de grandir un peu avant de se faire massacrer (non, je ne les engraisse pas comme les cochons) et je préfère aussi les laisser.
Ainsi les vieux exemplaires peuvent assurer la continuité de l'espèce sur la station et les jeunes, il n'y a qu'à souhaiter qu'ils ne soient pas repérés par l'un ou l'autre casseroleur peu scrupuleux et qu'il ait l'occasion d'arriver à maturité et à son tour se reproduire.
Imaginons à présent que tous les champignons sans exception soient comestibles pour l'homme et que l'homme soit justement très avide de cette nourriture au point qu'il traque les poussées de champignons. Dans ce scénario, un champignon n'a pas le temps de pointer le bout de son chapeau qu'il est déjà scalpé par le plus grand prédateur du monde. Zou ! Pas le temps de se reproduire, à l'état d'embryon il se fait assassiner sauvagement par notre voracité sans limite. Et c'en est fini du monde des champignons, par notre faute, notre égoïsme, notre inconscience, notre manque de respect de la vie.
Ben oui, on doit se replacer dans une époque très reculée : la préhistoire. Une époque où les premiers hommes étaient intellectuellement proches des animaux et ne se servaient que de ce dont ils avaient un besoin immédiat pour assurer leur subsistance. Ils avaient besoin de 2 kg de champignons pour accompagner la cuisse de mammouth prévue pour le repas du soir de la tribu ? Ils n'en ramassaient pas plus. Et il en restait des tas pour le lendemain ou la semaine suivante, jusqu'au premières gelées où ils durent se rabattre sur d'autres denrées.
Et si notre homme des cavernes avait été comme nous, à cueillir outrageusement tous les champignons qu'il rencontre ? Vous me direz tout simplement : les champignons n'existeraient pas à notre époque, ils seraient comme les dinosaures, des trucs imaginaires dont on s'en fiche un peu, hormis tout ce que notre imagination peut construire autour, ou ce que les recherches historiques nous en apprendraient. Un machin embêtant de plus à devoir potasser pour obtenir le bac, mais qu'on se demande à quoi ça va nous servir dans le futur.
Et c'est là qu'on fait erreur : que serions-nous si les champignons avaient disparu de la surface de la terre à la préhistoire, ou pire, s'ils n'avaient jamais existé ? En gros, je vous demande quel rôle ils jouent sur notre planète. Hé bien, mes chers amis, si les champignons n'existaient pas, nous marcherions à l'heure actuelle sur une couche épaisse (je n'ose pas dire le nombre approximatif de dizaines de mètres) de déchets organiques en tous genres, vestiges des morts humaines, animales et végétales passées depuis des temps innombrables. Sympa, hein ? C'est quoi ce truc qui croustille sous mes godasse ? Ha, je viens décraser une mâchoire d'un gars qui a vécu au Moyen-Age !
Morbide comme tableau, je le conçois, mais nous arrivons à la conclusion que les champignons ont un rôle. Ils détruisent les déchets (et à l'heure où l'homme est un grand producteur de déchet, leur utilité est donc plus que nécessaire pour éliminer notre mauvaise gestion du patrimoine).
Evidemment, tous les champignons ne se nourissent pas de cette manière (d'où viennent les mycoses que nous pourrions contracter si les champignons ne s'attaquent qu'aux matières mortes ?). J'ai abordé un aspect extrêmement simpliste du mode de vie des champignons. Il y a d'autres cas de figure à envisager. Je vous livre tous ces secrets prochainement. Mais retenons pour l'instant que les champignons nous sont utiles autrement que sur le plan gastronomique et que leur destruction est un geste irréfléchi.
01 juillet 2007
C'est très important de prendre le temps d'observer
Je n'avais pas prévu d'aller aux champignons aujourd'hui, lorsqu'une belle amanite s'est trouvée sur mon passage.
Nous n'avions guère le temps et d'autres obligations et nous fîmes donc vite pour prendre la photo de rigueur : on a dégagé les feuilles qui cachaient la base du pied afin de voir s'il y a une volve et nous prîmes ce beau spécimen en photo à la sauvette.
Et voilà la photo que je découvre sur mon PC.
En examinant cette photo de près, je suis prise d'un affreux doute. Quelle est donc cette amanite ?
Je ne vous ai pas encore tout dit des amanites (c'est pour bientôt), mais il faut savoir qu'elles ont toutes une volve, ou du moins des restes de volves (parfois extrêmement difficile à voir). On sait aussi que certaines ont un anneau et d'autres n'en ont pas.
Et me voilà à regarder ma photo. Sur le pied, à mi-hauteur, on voit comme un reste d'anneau. Non, ce n'est pas une feuille morte qui se trouve collée derrière le pied. Mais est-ce bien un reste d'anneau ?
Ca pourrait être un reste de volve qui s'est accroché là lors de la croissance du champignon, mais je n'en suis pas sûre.
La couleur du chapeau m'interpelle également. Ca pourrait être une jeune amanite phalloïde. Oui, mais...
Mon regard se pose à présent sur la base du pied et je regarde cette volve en sac. Sauf que je trouve ce "sac" pas très représentatif, un peu friable même.
Et l'amanite phalloïde est censée avoir une volve en sac membraneuse, ce qui me semble contradictoire avec ma photo.
Je me réfère à ma littérature sur les amanites et je résume :
- Amanite phalloïde (Amanita phalloides) : Volve en sac, membraneuse, présence d'un anneau, couleur du chapeau correspondant
- Amanite étranglée (Amanita ceciliae) : Volve en sac, friable, pas d'anneau, couleur du chapeau pouvant correspondre
Manifestement, j'ai négligé des détails importants : la présence ou non d'un anneau et la nature de la volve. Et il est même possible que mon amanite ne soit aucune de ces deux espèces, après tout. Peut-être que si j'avais mieux regardé le champignon, mon raisonnement aurait été tout autre car des détails évidents m'auraient sauté aux yeux.
La morale de cette aventure : c'est qu'il est impératif d'observer le moindre détail et qu'on ne peut pas se fier à des suppositions faites à partir d'une photo ou d'une observation trop rapide.
26 février 2007
Bientôt les morilles
La saison des morilles approche à grands pas. Chez moi, la morille apparaît en avril-mai, mais selon les régions et leur climat, elle peut apparaître plus tôt. Il n'y a qu'un moyen de savoir quel est le bon moment de rechercher la morille : observer la nature. Il faut donc aller se promener et bien regarder ce qui se développe dans la nature.
N'oublions pas que l'hiver fut particulièrement doux cette année et que la nature se réveille avec de l'avance. Il n'est donc pas exlu que la morille en fasse de même.
Je vous donne donc quelques indications qui vous permettront de déterminer le bon moment pour traquer la morille.
Dans le bois, observez le réveil des arbres. Le débourrage des bourgeons et les feuilles qui commencent à se défripper sont un très bon signe.
Baissez les yeux à présent et regardez au sol. Y a-t-il des fleurs ? Lesquelles ? La ficaire dont la couleur jaune éclatant ne passe pas inaperçu annonce l'arrivée des morilles.
En croisant la blanche anémone sylvie, vous saurez que vous êtes au bon moment (pas forcément au bon endroit, hein).
Aux alentours de l'anémone sylvie, peut-être trouverez-vous un tout petit champignon bien joli à observer : la sclérotinie tubéreuse (Dumontinia tuberosa)
Ce tout petit champignon rigolo est assez facile à reconnaître car il ne pousse qu'à proximité des anémones sylvie. Déterrez-le délicatement et vous verrez qu'il provient d'un petit sclérote noir (espèce de petit tubercule).
Mais revenons-en à nos petites fleurs. Si vous rencontrez la jacinthe des bois (hélas, je n'ai pas de photo à vous proposer), c'est que c'est vraiment le bon moment pour chercher les morilles (mais encore une fois, pas obligatoirement le bon endroit).
Voilà déjà qui vous permettra de vous faire une idée du bon moment. Dans un prochain post, je parlerai des types d'endroits où chercher les morilles.
10 octobre 2006
Ca peut servir
Je ne dirai sans doute jamais assez que si l'on est pas ABSOLUMENT certain de l'identification d'un champignon, il vaut mieux le jeter plutôt que se risquer à le manger. Petite confidence, quand j'ai débuté avec les champignons, j'ai jeté des tas de bons comestibles uniquement car je n'étais pas sûre de moi.
Et je le fais encore. Quand un des enfants me ramène un champignon qui n'est pas dans son intégralité et qu'il me manque LE détail que j'ai besoin, je jette sans (trop de) remords. Notre vie n'a pas de prix et je ne troquerais pas la mienne contre une omelette aux champignons mortels.
Mais on a beau le dire, il y a toujours des imprudents ou de graves méprises et des accidents trop nombreux arrivent tout de même.
Il faut savoir qu'en cas d'intoxication, plus les premiers symptômes se déclarent tard, plus l'intoxication est grave. On considère souvent qu'un symptôme qui se déclare plus de 6 heures après le repas est à considérer comme une intoxication très sérieuse et nécessite donc une aide médical urgente et souvent une hospitalisation.
Il existe également des intoxications qui se manifestent très tard après l'ingestion (plusieurs jours). Il est parfois bien difficile de faire le lien entre le sérieux malaise dont on souffre et le repas de champignons qu'on a mangé une semaine plus tôt (voire plus longtemps encore). Il est certain qu'on ne pense pas toujours que ce repas soit responsable de vos soucis de santé. Et pourtant... Pendant tout ce temps, les toxines ont silencieusement perturbé votre métabolisme sans que vous vous en rendiez compte. Et lorsque les premiers symptômes se manifestent très tardivement, vous êtes déjà bien âbimé et l'aide médicale est plus qu'urgente. Je ne peux donc que vous recommander de trouver un moyen infaillible de vous souvenir de quand vous avez mangé des champignons sauvages. Notez-le dans votre agenda, faites une croix sur calendrier... tout ce que vous voulez, mais souvenez-vous en. En cas de problème, le moment où vous avez consommé des champignons peut aider les médecins qui vous soignera car la durée entre l'ingestion et la manifestation des premiers symptômes, leur donnera une indication du type d'intoxication et aussi du type de traitement à administrer.
Que faire si vous pensez (malgré la prudence dont vous ferez preuve) être victime d'une intoxication ?
Pas 36 solutions, le mieux est d'appeler le centre anti-poison. C'est sûr qu'on a pas nécessairement ce numéro précieux dans la mémoire de notre portable et que c'est quand on en a vraiment besoin qu'on ne parvient pas à mettre la main dessus. En voici donc quelques-uns (envoyez-moi un message si un numéro devait ne pas être correct, je procèderai immédiatement à la correction) :
- Angers : 02 41 48 21 21
- Bordeaux : 05 56 96 40 80
- Grenoble : 04 76 76 56 46
- Lille : 08 25 81 28 22
- Lyon : 04 72 11 69 11
- Marseille : 04 91 75 25 25
- Nancy : 03 83 32 36 36
- Paris : 01 40 5 48 48
- Reims : 03 26 78 48 21
- Rennes : 02 99 59 22 22
- Rouen : 02 35 88 44 00
- Strasbourg : 03 88 37 37 37
- Toulouse : 05 61 77 74 47
- Bruxelles : 070 245 245
- Zurich : 01 251 66 66
Et si vous avez des restes de votre repas ou des épluchures de champignons à fournir pour analyse, cela permettra de gagner beaucoup de temps bien précieux en pareils moments. Même les vomissures de champignons sont de précieux indices qui peuvent vous sauver la vie si vous les confiez aux médecins.
L'idéal, garder un exemplaire intact et le fournir aux médecins pour analyse en cas d'intoxication.
Heu, je vous donne ces numéros afin de vous faire un petit rappel des bons rélexes à avoir, pas pour vous inciter à jouer les kamikazes, hein. On ne rigole pas avec les champignons. Je vous parlerai plus longuement des intoxications aux champignons mortels plus tard, mais sachez déjà que c'est une véritable torture et que l'on ne souhaite pas ça à son pire ennemi.




