Les champignons de Canaille

Promenons-nous dans les bois et rencontrons les champignons ainsi que tous les êtres qui y vivent

01 octobre 2008

Les bolets (2)

Hier, nous avons réussi à déterminer quand un individu fait partie du vaste groupe des bolets.  Voui, c'est bien, mais on ne sait pas encore à quelle espèce nous avons affaire et ça nous intéresse car il existe des bolets toxiques et on ne voudrait pas mettre notre petite vie passionnante en danger.

Nous voilà donc avec un bolet entre les mains et nous allons voir à présent quels sont les caratères importants à noter (oui, il faut prendre des notes pour ne pas oublier, comme à l'école).

La première chose facile à voir, c'est la silhouette.  Nous allons nous y attarder un peu, mais en la décortiquant en deux parties.

Tout d'abord le chapeau :

Il peut être à peu près hémisphérique, comme ceci :

Hpim2235Bis

ou non, comme ici :

Hpim2009Bis

A noter : pour une même espèce, selon l'âge des individus, on peut trouver ces différentes morphologies du chapeau.  L'idéal pour toute observation est bien entendu de rencontrer plusieurs spécimens à des stades différents (très jeunes, adultes et vieux) pour voir comment ils étaient, par quelle forme ils passent et ce qu'ils deviennent en bout de course).  Mais à défaut de cette situation idéale (ça arrive souvent), il faut pouvoir se faire une idée du niveau de maturité de votre champignon.  Il doit être en effet juste adulte pour être représentatif.

Cette petite parenthèse étant fermée, nous n'avons pas fini avec le chapeau.  Il peut être charnu comme ici :

Hpim2239Bis

ou nettement moins, comme ici :

Hpim2165Bis

C'est à présent terminé pour la silhouette du chapeau et passons à présent à la silhouette du pied.

Le pied peut être ventru ou carrément obèse :

Hpim1514Bis

ou il peut être plus grêle :

Hpim3341Bis

Voilà pour les premiers détails pas trop compliqués à observer.  Irions-nous un peu plus loin encore ?  Oui, hein !

Bon, ici on commence à s'accrocher un peu car c'est moins évident et je n'ai malheureusement pas de photos pour illustrer les cas de figure.  Je vais donc essayer de vous expliquer tout ça le plus simplement possible.

Je reviens un instant sur la "leçon" d'hier et plus précisément sur la notion de tubes et pores.  Vous vous en souvenez ?  J'ai abordé ces deux termes en les fourrant un peu dans le même panier.  Et pourtant, ce n'est pas la même chose, sinon pourquoi deux mots différents ?  Qunad bien même seraient-ils synonymes, le genre perroquet, c'est pas mon truc.

Les tubes, tout le monde imagine, ça fait penser à des tuyaux (c'est une image que je donne, mais si vous en avez d'autres semblables, c'est bon aussi).  Donc ici, il s'agit de "sections de mini-tuyaux" sui seraient collés les uns contre les autres pour se loger juste en-dessous du chapeau. Tout le monde suit ?  Sinon, n'hésitez pas à me poser vos questions via les commentaires ou par mail.

Les sections de "mini-tuyaux" ont un début et une fin.  Logique, me direz-vous.  Une extrémité "colle" à la chair du chapeau et l'autre pendouille comme ça dans le vide sous le chapeau, tout contre ses congénères.  C'est cette deuxième extrémité qui nous intéresse.  Comme tout le monde le sait, un tuyau est censé être creux (sinon on l'appellerait tout simplement cylindre).  Ce minuscule creux que nous pouvons apercevoir à cette extrémité est le pore.  Bingo, vous venez d'apprendre deux termes techniques supplémentaires !

Reprenons notre sérieux et regardons ces pores de plus près (je sais, sans photos illustratives c'est dur, mais mon appareil photo fait déjà pas mal de boulot en macro, mais faut pas trop lui demander tout de même - mon photographe attitré, non professionnel a aussi ses difficultés pour réaliser les miracles que je lui demande).

Là, vous regardez à présent tous ces petits trous de très près, si vous avez une bonne loupe, c'est encore mieux.  Et on peut voir différentes choses.

Tout d'abord, la taille de ces petits trous (les pores, puisqu'on connaît à présent le terme exact).  Certains sont très serrés au point d'être à peine visibles à l'oeil nu et d'autres sont plus large, parfois de plus d'1 ou 2 mm.  Si j'insiste sur ce détail, c'est bien évidemment qu'il peut entrer en ligne de compte pour déterminer une espèce ou un sous-groupe.  A ne pas négliger, donc.

Ensuite (et là je sens que je vais vous perturber un tantinet), il faut regarder la forme ces satanés pores.  On parlait de tuyaux et tout le monde sait qu'il sont en général ronds et que donc le trou au milieu est de forme arrondie.  Ben chez les bolets, les tuyaux (les tubes pour parler correctement) ne sont pas toujours ronds).  Ils peuvent également avoir d'autres formes; on pourrait y repasser différents polygones que nous avons étudié durant notre tendre enfance : pentagone, hexagone, octogone...  Ils peuvent aussi être allongés pour leur donner une forme ovoïde (d'un oeuf), ou encore être tellement allongés que ça commence presque à ressembler à des lames dans certains cas.  La forme est également une précieuse indication de l'espèce ou du sous groupe que nous tentons d'identifier.

N'allons pas trop vite, je vois vos neurones suer et je vous laisse tranquille pour aujourd'ui.  Nous continuerons à explorer les caractères des bolets au cours de la prochaine séance.  Bien sûr, vous pouvez faire des promenades au bois et essayer de reconnaître des bolets, puis essayer de faire des tris entre eux, en fonction des différents caractères que j'ai déjà évoqué, c'est un très bon exercice.

Posté par Canaille_Be à 20:38 - Science et détermination - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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30 septembre 2008

Les bolets

Moi qui voulais parler longuement des amanites cette saison, c'est fichu ou presque, vu que les champignons ne poussent pas beaucoup ici.  Pas grave, ce n'est que partie remise à une période plus propice aux amanites.

Je ne déprime pas pour autant et je vous propose de nous pencher plutôt sur les bolets, histoire de nous occuper un peu.  N'allez pas croire que les bolets ont mieux poussé que les amanites, hein ! En fait, il n'y a presque rien qui pousse, les champignons qui osent se montrer sont presque fossilisés tellement ils sont secs.  Mais j'ai quelques photos de bolets et je crois qu'on va pouvoir s'amuser un peu quand-même.

Alors entrons dans le vif du sujet !

Avant de savoir à quel bolet on a affaire, il faut déjà savoir comment on peut être sûr d'être en présence d'un bolet.  Nous allons donc commencer par cette première étape toute simple.

Un bolet est un champignon de forme classique : cela signifie donc qu'il est pourvu d'un chapeau et d'un pied central (qui s'insère au milieu du chapeau).  En gros, un peu foutu comme un champignon de Paris (que vous connaissez tous).  Quelques exemples en image ?

Hpim1461Bis

photo_essaiBis

Hpim2239Bis

Voilà, vous voyez maintenant mieux ce que je veux dire, hein ?

Mais ce n'est pas tout car les futurs mycologues que vous êtes (à moins que vous ne le soyiez déjà) allez devoir franchir des étapes supplémentaires.  Tout ce qu'on sait maintenant, c'est que nous avons 3 champignons de forme ordinaire, on n'a pas encore trouvé ce qui distingue les bolets.

Pas compliqué : nous allons voir ce qui se passe sous le chapeau de nos champignons (pas de risque d'y trouver un cerveau en ébullition).

Sous le chapeau de la plupart des champignons (comme le champignon de Paris, d'ailleurs), vous allez trouver des lames, comme ceci :

Hpim2225Bis

Parfois aussi, vous trouverez de petits aiguillons ou des plis que l'on pourrait confondre avec des lames si notre sens de l'observation n'est pas assez entraîné.

Tous ces attributs ne se rencontrent pas chez les bolets.  Non, les bolets ont des tubes et des pores.  Vous connaissez tous le cèpe de Bordeaux (enfin, vous en avez déjà vu, ne fut-ce que sur un marché) ?  Quand il a un peu "mûri", le dessous du chapeau est muni d'une sorte de mousse jaune-verdâtre que vous enlevez sans doute avant de préparer votre menu favori.  Ca ressemble un peu à ça.

Tubes2

En revanche, lorque le champignon est bien jeune, les tubes ressembleront un peu à ceci (pas forcément de la même couleur) :

Hpim3136Bis

Donc, pour résumer, lorsque vous trouvez un champignon de forme classique (chapeau et pied central) et de tubes sous le chapeau, vous êtes certain d'avoir affaire à un bolet.

Bien, vous avez déjà assimilé pas mal pour une première leçon de bolets, nous poursuivrons notre analyse très bientôt, mais avant de vous quitter, je vous colle un devoir : Existe-t-il (en Europe du moins car hors Europe il y a des familles de champignons inconnues chez nous et dont je ne connais rien) un (ou des) bolet(s) qui ne rentrent pas dans les conditions que je viens de donner ? (PS pour les mycologues et autres bons connaisseurs : soyez sympas et laissez réfléchir les débutants, je vous en serais reconnaissante).

PS : Petite précison à la suite de la réaction de Guit par mail.
Je me suis sans doute mal exprimée en vous posant ma petite colle et je vais éclaircir le point litigieux.  Pour ceux qui connaissent bien ou un peu les groupes de champignons, il existe l'ordre des Boletales.  cet ordre renferme bien sûr tous les bolets, mais pas uniquement.  On y retrouve en effet quelques familles de champignons à lames.  Pourquoi ?  Parce que ces champignons ont la caractéristique essentielle d'avoir les lames séparables du chapeau, c'est à dire qu'il s'enlèvent facilement au grattage sans abimer la chair du chapeau ou du pied, contrairement à la plupart des champignons à lames.  Ces familles sont les Gomphides, les Omphales, les Paxilles pour citer les principaux.  Ce n'est donc pas parmi ces groupes que se trouve la bonne réponse à ma question piège.
Pour information, ces familles ont été regroupées avec les bolets car ces derniers ont la particularité d'avoir les tubes également séparables de la chair (on enlève bien la mousse des cèpes de Bordeaux un peu âgés, non ?).  Cette notion de séparabilité est le caractère déterminant des Boletales.
Je recentre donc ma question en la transformant de cette manière : Existe-t-il en Europe un ou plusieurs vrai(s) bolet(s) dont la face inférieure du chapeau ne serait pas munie de tubes ?  Si oui, un exemple (le nom d'une espèce) est bienvenu.

Posté par Canaille_Be à 19:27 - Science et détermination - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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05 juin 2008

Ligne de Bataille

Non, le titre de mon billet ne veut pas dire que je pars en guerre contre quoi que ce soit.

Je reviens à mon "bolet bruxellois" qui est enfin identifié grâce à mes amis du forum Mycocondroz où j'ai posté mes photos et posé la question.

Mon idée de bolet blafard (Boletus luridus) tenait la route, mais pour en être absolument certaine, il fallait observer un détail qui n'est pas mentionné dans mon bouquin favori : la ligne de Bataille.

Je ne peux malheureusement pas vous montrer de photo de ce détail car il est très fugace et je ne suis pas équipée pour photographier des détails aussi précis, mais je vais tenter de vous expliquer (et si ce n'est pas clair, je vous invite à lire la discussion sur le forum mis en lien plus haut - voir rubrique "champignons aide détermintation", sujet "Des bolets trouvés à Bruxelles" de ce jour, soit le 05 juin 2008).

Comme vous avez pu le voir, j'ai écrit Bataille avec une majuscule, donc rien à voir avec un combat quelconque, nous avons affaire à un nom propre.  Bataille est le nom du mycologue qui a découvert le caractère spécifique que je vais vous décrire.

Ligne, c'est tout simplement parce que nous devons observer un caractère qui a la forme d'une ligne.

Il ma fallu couper un de mes champignons en deux dans le sens de la hauteur pour tenter d'observer ce caractère.  J'aurais dû en principe voir une ligne rouge qui sépare le chapeau des tubes du champignon.  C'est la caractéristique qui permet d'identifier à coup sûr le bolet blafard.  Je l'ignorais.  Je n'ai pas réussi à observer ce détail du premier coup car la chair et les tubes du champignon bleuissent instantanément à la coupe.  Et la ligne de Bataille subit naturellement le même sort.  Il faut être rapide pour observer la chose et avoir de bons yeux.

Je me suis acharnée à recommencer l'expérience plusieurs fois.  Le doute persistait toujours et j'ai enfin songé à sortir ma loupe.  C'était un peu la pagaille pour couper le champignon et viser très vite à la loupe pour voir ce que j'espérais voir.  Mais j'ai fini par voir cette fameuse ligne de Bataille.

La bataille est donc finie et mes bolets bruxellois ont enfin un nom : Boletus luridus (bolet blafard).  Affaire classée.

La morale de cette petite histoire, c'est que les livres aussi sérieux, techniques et scientifiques qu'ils puissent être ne nous dévoilent pas tous les secrets.  Il faut consulter diverses documentations (livres, internet ou autre) pour faire les recoupements.

Pour ma part, j'ai appris aujourd'hui une chose très importante et le bolet blafard ne me laissera probablement plus dans le doute la prochaine fois que je le rencontrerai.

Posté par Canaille_Be à 22:43 - Science et détermination - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Le bolet Bruxellois

La catégorie dans laquelle je poste ce billet ne me paraît pas très appropriée, mais je n'ai pas trop envie de créer des catégories selon les biotopes.  Imaginez : au bois, dans les champs, dans les prés, dans les jardins, en ville, dans les maisons (faut bien classer la mérule quelque part).

Hier, je vous annonçais la présence de bolets à Bruxelles.  Ce matin, je suis partie un quart d'heure plus tôt pour aller observer ces bolets à la première heure.  les deux grands exemplaires que j'avais aperçus hier ont malheureusement disparu comme je le craignais, mais le petit était toujours là.  Et non loin de lui, deux autres qui ne formaient qu'un.

Je vous montre les photos :

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Hpim4008Bis

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Comme je n'ai pas pris mon bouquin pour le déterminer sur place, j'ai cueilli les exemplaires.  Vous imaginez la tête de mes collègues quand ils m'ont débarquer avec mes champis.

Passons à présent aux choses sérieuses, une tentative de détermination de ce champignon.  Sur la première photo, vous avez vu ce réseau rouge assez grossier ?  Détail intéressant à ne pas négliger.  Ensuite, j'ai procédé à une petite expérience très simple, j'ai fait une petite entaille dans le pied pour vois si ça bleuit (c'est fréquent chez les bolets), et c'était le cas.  Autre détail que j'ai constaté puisque j'ai manipulé mes champignons, ils ont tendance à salir.

D'emblée je pensais au bolet blafard (Boletus luridus), mais un détail m'ennuie.  Le pied du bolet blafard est censé être jaune en haut, ce qui n'est pas le cas de mes champignons qui gardent cette couleur rouge jusque dans le haut du pied.  Les autres détails me semblent concorder.  Il existe cependant différentes variétés de B. luridus, mais ma documentation ne fait pas le tour intégral de la question et je vais donc devoir m'adresser à d'autres mycologues.

Je vous tiens au courant dès que l'enquête avance.

Posté par Canaille_Be à 17:48 - Au bois - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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03 mars 2008

Promenade guidée

Par un beau jour d'octobre, nous participâmes à une promenade champignons.  C'est plutôt rare, nous sommes habituellement assez solitaires (enfin, je dirais plutôt que quand toute notre tribu est complète, nous sommes suffisamment nombreux pour faire de belles découvertes).

Comme il fallut traverser la moitié du pays pour se rendre sur place, le lever fut très matinal.  Nous n'avions guère le courage de prendre quelques photos préliminaires, encore engourdis par le manque de sommeil, la fatigue du trajet et... la fraîcheur de l'automne.  Seul le paysage qui s'offrait à nous nous fit dégainer l'appareil photo.  Cela en vallut la peine.

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Jugez plutôt la symétrie horizontale de ce paysage !  Marrant, le ciel nous dévoile un brouillard qui lèche la cime des arbres alors que son reflet dans l'eau est BLEU !  Moi, je n'ai pas encore trouvé d'explication rationnelle à cela.  Les touffes de feuilles multicolores m'invitent.  J'hésite.  Même si les champignons sont plus nombreux là dessous, le panorama me cloue sur place.  Une folle envie de m'asseoir de ce poste d'observation et rester là toute la journée à admirer cette infinité de couleurs.

Assez rêvé, j'ai avalé 3 cafés en attendant que tout le monde arrive (bizarre, je ne bois jamais de café).  Et zou, on se met en route pour le bois.  Enfin, on entre dans le vif du sujet.  Je sors enfin de ma torpeur nocture qui a perduré malgré les 200 km parcourus en voiture le matin même et mes yeux sont enfin à l'affut de la population fongique.

L'attente ne fut pas longue.  Après avoir parcouru quelques mètres nous trouvâmes des armillaires d'Ostoya (Armillaria ostoyae).  très joli, mais à déconseiller pour la consommation (potentiellement toxique).

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Dommage que ça ne se mange pas.  La quantité semble tellement alléchante.  Mais poursuivons notre route où d'autres surprises nous attendent.  Tache légèrement orangée parmi les feuilles mortes; voilà un champignon qui est démasqué.  Non pas un, mais deux, non trois.  On s'approche plus encore.

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Des pieds-de-mouton.  Oeil-de-lynx scrute les environs.  Les pieds-de-mouton ont l'habitude de pousser en ligne ou cercle.  Quand on en a vu un, il suffit de chercher un peu dans les environs pour en trouver d'autres.  Et on en trouve en effet.  Et on les cueille car grâce à eux je vois se dessiner ma petite poêlée de ce soir et m'en réjouis d'avance.

Notre route se poursuit et nous rencontrons cet énergumène à chapeau gris verdâtre.  Une forme de tricholome, ça doit en être un.  Zut, ce n'est pas la famille que j'arrive le mieux à déterminer.  Ben on va essayer.

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On le déterre et on découvre ... la longueur de son pied (enfin, son stipe si on veut parler en champignon correct).  Ce n'est pas un caractère typique pour l'espèce, mais ça a le don de me perturber dans mes tentatives de détermination.

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Je reste perplexe devant mon champignon, je fouille ma bible (mon bouquin préféré sur les champignons), j'hésite, je tourne les pages, je tourne aussi autour de la solution à ce mystère lorsque je me décide à renifler l'odeur du suspect.  Je l'ai trouvée... parfumée.  Ouais, bon, j'ai parfois trop d'imagination, alors je demande à Ronald de sentir à son tour tout en prenant garde à ne pas lui révéler ce que moi j'ai cru sentir.  Il me dit que ça sent un peu comme du savon.  Bingo !  Me voilà rassurée, le tricholome sent le savon.  Plus qu'une seule solution : c'est le tricholome à odeur de savon (Tricholoma saponaceum).  Un nom pareil, ça ne s'invente pas.  Pas tout à fait sûre vu la longueur du stipe, j'ai demandé confirmation à mes amis qui en connaissent plus que moi.  Je décidai de ne pas ajouter ce bel exemplaire à mon panier destiné à l'assiette.  Le goût savon, ce n'est pas trop pour moi.  Et nous poursuivîmes notre quête.

La chance fut avec nous.  Au début de l'été dernier, je vous racontais que ma plus belle station de cèpes a été complètement déboisée mettant ainsi un terme à la population fongique locale et que nous recherchions d'autres stations à cèpes.  On ne peut pas dire que nous ayions trouvé une station digne de celle qui fut détruite, mais nous trouvâmes tout de même un très beau cèpe de Bordeaux, de très belle taille.

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Hum, avec une taille pareille, mieux vaut ne pas se réjouir trop vite.  Beaucoup de champignons ont la fâcheuse habitude d'héberger des petits vers, rendant ainsi les meilleurs comestibles impropres à la consommation.  GRRRR !!!!  Je déterre donc l'individu, histoire de voir son état sous le chapeau.

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Hou ! Les tubes sont déjà bien jaunes.  Notre cèpe n'est pas de première jeunesse.  Cependant, il paraît encore ferme.  Bah, prenons-le et nous verrons à la coupe s'il est encore digne de mes casseroles.  Dans le pire des cas, nous nous contenterons des pieds-de-mouton et des deux ou trois girolles trouvées.  Et, hop, le cèpe est au panier.

Nous fîmes encore quelques autres trouvailles qui seraient bien longues à détailler ici, lorsque nos estomacs commencèrent à nous rappeler à l'ordre.  Nous décidâmes donc de redescendre au point de départ où le barbecue nous attendait de pied ferme.  Pendant que nous nous reposâmes un peu tout en discutant des trouvailles des uns et des autres, non loin de là, un mycologue averti se chargeait du tri des paniers des plus novices d'entre nous et de l'identification des espèces les plus compliquées.

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Comme nous étions nombreux à cette sortie, les champignons ne manquèrent pas et même si tout le monde eut suffisamment de champignons à ramener chez soi, il en resta une quantité suffisante à se partager pour une petite poêlée entre copains au milieu des bois.  Ci-dessous, quelques chanterelles fristouillent dans la poêle tandis que les participants se pourlèchent les babines. Mmmh, les toasts aux champignons des bois !

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Après avoir ingurgité le résultat de nos efforts, le mycologue avait identifié les nombreuses espèces que nous lui avions apportées.  Nous pouvions à présent admirer la mini-exposition improvisée et nous extasier devant quelques exemplaires peu courants dans nos contrées ou encore frémir de peur en tête-à-tête avec la redoutable amanite phalloïde.

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04 novembre 2007

Une infinité de formes

La plupart des gens diront qu'un champignon a cette forme-ci.

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Mieux encore : demandez aux gens de dessiner un champignon et voici ce qu'ils dessineront très probablement (en particulier les enfants).

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La plupart des gens pensent donc qu'un champignon est constitué d'un pied et d'un chapeau et font référence à ce qui ressemble au champignon de Paris ou encore "le champignon rouge à points blancs" qui figurent dans les contes.

Cependant les champignons peuvent revêtir des apparences physiques des plus diverses.  Voici quelques exemples de formes plus singulières.

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Et encore bien d'autres formes plus étonnantes les unes que les autres...

Suffit-il donc d'observer la forme d'un champignon pour pouvoir le déterminer ?  Non, ce serait trop simple.  La forme d'un champignon peut-elle donner une indication sur la comestibilité ou la toxicité d'un champignon ?  Non plus.

Bien sûr, la forme générale d'un champignon aide à la détermination, dans le sens où c'est une des premières choses que l'on voit et qui permet de classer très grossièrement le champignon dans un groupe.  Mais il faudra observer d'autres détails pour préciser la classification et enfin connaître le nom exact du champignon.  Nous verrons cela au cours d'un prochain épisode....

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01 juillet 2007

C'est très important de prendre le temps d'observer

Je n'avais pas prévu d'aller aux champignons aujourd'hui, lorsqu'une belle amanite s'est trouvée sur mon passage.

Nous n'avions guère le temps et d'autres obligations et nous fîmes donc vite pour prendre la photo de rigueur : on a dégagé les feuilles qui cachaient la base du pied afin de voir s'il y a une volve et nous prîmes ce beau spécimen en photo à la sauvette.

Et voilà la photo que je découvre sur mon PC.

Hpim2981Bis

En examinant cette photo de près, je suis prise d'un affreux doute.  Quelle est donc cette amanite ?

Je ne vous ai pas encore tout dit des amanites (c'est pour bientôt), mais il faut savoir qu'elles ont toutes une volve, ou du moins des restes de volves (parfois extrêmement difficile à voir).  On sait aussi que certaines ont un anneau et d'autres n'en ont pas.

Et me voilà à regarder ma photo.  Sur le pied, à mi-hauteur, on voit comme un reste d'anneau.  Non, ce n'est pas une feuille morte qui se trouve collée derrière le pied.  Mais est-ce bien un reste d'anneau ?

Ca pourrait être un reste de volve qui s'est accroché là lors de la croissance du champignon, mais je n'en suis pas sûre.

La couleur du chapeau m'interpelle également.  Ca pourrait être une jeune amanite phalloïde.  Oui, mais...

Mon regard se pose à présent sur la base du pied et je regarde cette volve en sac.  Sauf que je trouve ce "sac" pas très représentatif, un peu friable même.

Et l'amanite phalloïde est censée avoir une volve en sac membraneuse, ce qui me semble contradictoire avec ma photo.

Je me réfère à ma littérature sur les amanites et je résume :

  • Amanite phalloïde (Amanita phalloides) : Volve en sac, membraneuse, présence d'un anneau, couleur du chapeau correspondant
  • Amanite étranglée (Amanita ceciliae) : Volve en sac, friable, pas d'anneau, couleur du chapeau pouvant correspondre

Manifestement, j'ai négligé des détails importants : la présence ou non d'un anneau et la nature de la volve.  Et il est même possible que mon amanite ne soit aucune de ces deux espèces, après tout.  Peut-être que si j'avais mieux regardé le champignon, mon raisonnement aurait été tout autre car des détails évidents m'auraient sauté aux yeux.

La morale de cette aventure : c'est qu'il est impératif d'observer le moindre détail et qu'on ne peut pas se fier à des suppositions faites à partir d'une photo ou d'une observation trop rapide.

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07 octobre 2006

Un pied, un chapeau et après ?

Les champignons qui ont un pied et un chapeau sont ceux que l'on rencontre très fréquemment, mais cela ne nous aide pas beaucoup à savoir qui ils sont.  Regardons-les d'un peu plus près pour voir si nous ne pouvons pas les préciser un peu.

Nous allons donc commencer par observer ce qui se passe sous le chapeau.  On y rencontre des choses intéressantes et différentes qui vont déjà nous permettre de faire un tri.

Sous le chapeau de ce pied-de-mouton (Hydnum repandum), on apeçoit de petits aiguillons qui pendouillent.  Plusieurs espèces ont cette caractéristique.

Hydnum_repandum

D'autres champignons sont lisses (comme les trompettes-des-morts) ou ont des plis sous le chapeau, comme ces chanterelles

Plis1

Ou encore cette girolle

Plis2

Ah mais ça devient compliqué car les plis ressemblent un peu à ça :

Lames3

Eh, oui il faut être observateur pour faire la différence entre les plis des girolles et les lames d'autres espèces de champignons.  D'autres exemples de champignons à lames ?  En voici un

Lames1

Et un autre

Lames2

Les lames sous le chapeau, c'est ce qu'on rencontre très fréquemment mais on peut encore rencontrer autre chose assez fréquemment.  Je vous mets sur la voie ?  Le cèpe de Bordeaux, vous connaissez.  Il a quoi sous son chapeau ?

Hé oui, des tubes (ou pores). Et dans sa famille, il y a un bon nombre d'espèces.

Tubes1

Bof, pas très parlant ce bolet Satan.  Prenons une autre espèce où les tubes sont bien larges et admirez plutôt les spectacle.

Tubes2

On dirait un peu une ruche sans les abeilles.

Enfin vient  un groupe un peu à part.  Rien de spécial sous le chapeau, mais c'est le chapeau lui-même qui est étrange : tout frippé, chiffonné, avec plein d'alvéoles... Difficile de trouver un nom général pour désigner ça.  Vous ne voyez pas ce que je veux dire ?  Cette morille illustre bien ce que je veux dire

Morille

Ah, vous voyez que ça vous dit quelque chose (heu, ne vous précipitez pas dans les bois pour en trouver, vous aurez plus de chance d'en trouver en avril qu'en octobre).

En revanche, dans le même groupe, vous pourrez rencontrer des helvelles comme celle-ci

Helvelle

Voilà donc différents caractères que l'on peut observer sous le chapeau d'un champignon.  Ce n'est pas tout, mais rendez-vous dans un prochain épisode palpitant de la vie des champignons pour en savoir plus.

25 septembre 2006

Exposition de champignons

A cette période-ci, la saison des champignons bat son plein et des expositions de champignons se tiennent un peu partout.

Tout commence avec quelques vaillants mycophiles qui parcourent les prés et les bois plusieurs jours avant l'exposition, histoire d'avoir suffisamment d'espèces à montrer lorsque les premiers visiteurs arriveront.

C'est par cageots entiers que les champignons arrivent.

Hpim2445

En voici un autre

Hpim2444

Et encore un

Hpim2442

Bon j'arrête avec les cageots de champignons sinon je vais finir par vous écoeurer.  Mais c'est pas tout.  Maintenant il va falloir trier tout ce petit monde et surtout identifier chaque champignon.  Au boulot l'équipe de "déterminateurs" !

Les livres s'étalent sur la table.

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On fouille les livres au moindre doute, on examine les champignons attentivement, on se concerte, on échange nos avis (parfois contradictoires qui donnent lieu à de longs débats sur l'identité d'un champignon).

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Au fur et à mesure des déterminations, les champignons sont posés sur une assiette et emmenés dans la salle d'exposition qui commence à devenir représentative du vaste monde fongique.

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Hpim2431

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Voilà, à présent les visiteurs peuvent arriver.  Et durant tout le week-end les tables continueront à se remplir avec les champignons qui n'ont pas encore été déterminés et ceux apportés par les généreux visiteurs.

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04 septembre 2006

Après la promenade, le tri

Mon panier chargé arrive jusqu'à ma cuisine et c'est là que les choses très sérieuses commencent : il va falloir trier tout ça.

Même si un premier tri a été fait au bois, il n'est pas impossible qu'un des enfants aient mis un  redoutable "serial killer" dans mon panier.  Et comme je tiens à ma petite vie, je ne me permettrais pas de manger n'importe quoi.

Je commence par regrouper mes champignons en fonction de leur ressemblance : les golmottes, appelées aussi amanites rougissantes ou amanites vineuses (Amanita rubescens) d'un côté, les bolets d'un autre (avec les coprins cette fois-ci, je le reconnais) et les laccaires améthystes (Laccaria amethystina) dans le bol.

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J'examine à présent chaque champignon un à un, ça prend un peu de temps, mais il en va de l'intégrité physique de toute ma petite tribu.  Pour cette étape, je surveille encore plus les enfants qui veulent toujours m'aider.  Je leur permets d'essayer de contrôler les champignons, mais je fais encore un dernier contrôle moi-même.  Il arrive que les enfants oublient d'observer un détail essentiel et donc se trompent.  Dans ce cas, je leur montre ce à quoi ils n'ont pas prêté l'attention requise.

Observez ces deux golmottes.

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C'est dingue comme pour une même espèce, les nuances de teintes du chapeau sont tellement différentes.  C'est une des difficulté de la détermination.  Sur le champignon de gauche, les nuances rouge-vineuses ne sont pas aussi nettes que sur le champignon de droite.  Parfois même, le doute est encore plus grand.  Il faut donc observer d'autres détails qui caractérisent l'espèce.  Dans le cas de la golmotte, le rougissement est souvent plus net à la base du pied, ce qui est le cas de notre exemplaire douteux.  OK, il peut rejoindre ses compagnons de casserole.

Nous aurons moins de chance pour ce bolet.  Son aspect raplapla ne me dit rien qui vaille.  Je coupe le pied et je vois en effet que les schtroumpfs se sont déjà chargé de le creuser pour en faire leur habitation et garde-manger.

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Bof, dans cet état, il me coupe plutôt l'appétit.  Pas de chance pour lui (ni pour mon appétit vorace d'ailleurs), il ne méritera que les honneurs de la poubelle.

Mes champignons sont à présent parfaitement triés.  On va pouvoir passer à table.

Pas si vite !  Il va d'abord falloir les nettoyer, mais ça c'est pour un prochain chapitre.

Posté par Canaille_Be à 21:14 - Cuisine des champignons - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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